Luna Nera ou comment rater une leçon sur le féminisme

Il y a quelques jours, je terminais la saison 1 de « Luna Nera » sur une note plutôt mitigée. Après un trailer alléchant, un premier épisode plutôt convaincant et des prémices prometteurs, la saison a évolué et d’un seul coup, je ne savais plus vraiment quoi en penser. Pourtant, comme beaucoup le savent déjà, le « medieval fantasy » fait parti de mes genres favoris et il est assez rare qu’une série/film/livre de ce genre me déçois. Rassurez-vous, je ne suis pas 100% déçue. Mais je suis divisée par cette saison et du coup, par cette série. La saison 2 a BEAUCOUP d’explications à donner et peu d’épisodes pour le faire.

Une série bancale

Il faut savoir, tout d’abord, que « Luna Nera » est une série italienne, que j’ai donc vu avec les sous-titres (et parfois en français pour certains épisodes). Donc hormis les prénoms pour lesquels ils ont gardés les accents et prononciations des acteurs originaux, je ne peux pas trop juger du jeu d’acteur. Dans l’ensemble qui plus est, il est assez convaincant (surtout pour la jeune femme qui joue le rôle d’Ade, l’héroïne). La série m’avait attirée car elle semblait traiter des sorcières dans une époque proche des bûchers de Salem, une période historique qui m’intéresse grandement. Et puis c’est du medieval fantasy, avec assez peu de romance, pas mal d’actions, des décors et costumes médiévaux juste magnifique et des personnages fminins intéressants.

Et…. Le dernier point est probablement ce qui rend la série aussi bancale. Comme j’avais pu l’expliquer brièvement en story sur Instagram, c’est une série ayant pour but de mettre les femmes en avant, avec des personnages forts, des storylines intéressantes et surtout des pouvoirs, étant donné que ce sont des sorcières. Donc forcément, l’accent est mis sur les femmes et leurs pouvoirs, dans une société misogyne et masculine. Le problème quand une série fait ça, c’est que l’intrigue doit être cohérente et logique afin de servir l’héroïne et porter le message de la série. Et ici… Je dirais que par instant, ça manque de subtilité, voire carrément ridicule. Pour en parler, je vais devoir spoiler un peu, ainsi que le plot twist final de la saison 1, donc si vous avez prévu de voir la série, arrêtez-vous ici, sur ce message : La série est bien écrite, très finement jouée, avec des acteurs/actrices qui sont très bons dans leurs rôles mais un féministe un peu trop lourd par instant.

Pour ceux ayant décidé de continuer dans la partie avec « spoilers », je considère que la série ne vous intéresse pas ou que vous l’avez déjà vue. Le premier problème avec cette volonté de mettre la femme en avant, c’est que le message est martelé dès l’épisode un, sans aucun subtilité. On a toujours un personnage féminin pour nous rappeler que si les hommes pensent que les femmes sont des sorcières, c’est parce qu’elles ont une force intérieure si puissantes qu’ils en ont peur et qu’ils veulent l’éradiquer. C’est un beau message… Si la série ne montraient pas clairement des pouvoirs magiques que possèdent certaines femmes, mais aussi un seul homme ! Du coup forcément, ça rend le message moins impact et plus lourd. S’il n’y avait pas eu les pouvoirs magiques, ou que les pouvoirs étaient plus flous ou abstraits, je pense que ça aurait rendu l’ensemble plus puissant psychologiquement pour les jeunes filles.

Le second problème, et le plus gros, vient du traitement réservé aux personnages masculins. Ils sont au nombre de trois (quatre si on compte Spirto, mais vu son importance…). On a donc le premier, Pietro, qui est plus ou moins le « love interest » d’Ade. On nous le présente comme un homme de science, qui ne croit pas à la magie mais seulement en ce qu’il peut voir et prouver de façon logique, qui refuse catégoriquement les idéaux de son père (qui est à la tête des chasseurs de sorcières) au point de le trahir en aidant les sorcières à éradiquer l’ordre des chasseurs de sorcières. Et Pietro est une girouette scénaristique, mais alors à un niveau… Il est champion de « je t’aime, moi non plus », médaillé d’or du « j’embrasse une fille que je considère comme ma petite soeur parce que je suis ivre et que j’ai moi-même rejeté la fille que j’aime » et enfin porte fièrement le titre de « je choisi toujours le mauvais camp malgré les conseils avisés de maman ». Il est si énervant que j’espère honnêtement qu’il meure dans la saison II parce que je ne vois pas quoi faire de son personnage.

A côté de ça, on a donc son père, qui est en fait une marionette, manipulé de A à Z par un « évêque » qui est en réalité le seul homme à posséder de la magie (visiblement de la magie noire). Et les deux personnages sont traités par-dessus la jambe. Pour le premier, il n’est défini que par son obsession à vouloir tuer les sorcières et faire entrer son fils dans son ordre, et le second est simplement frustré de ne pas avoir reçu le savoir qu’il voulait avoir (savoir apparemment réservé uniquement aux femmes pour une raison que j’ignore) et qui serait, potentiellement, le véritable père d’Ade (et le grand méchant de la série). Ils font si peu dans la saison 1 que j’ai même eu du mal à les considérer comme des personnages importants, mais bon, il fallait bien mettre quelques hommes.

Le dernier est probablement celui qui m’a énervé au plus haut point. Depuis le début de la série, Ade protège son petit frère, Valente, sur ordre de sa grand-mère qui a brûlé au bûché pour sorcellerie. Pendant toute la saison, on voit Ade apprendre à gérer ses pouvoirs, faire des efforts énormes pour concilier ses désirs personnels et ceux des sorcières, prendre des risques, perdre les gens qu’elle aime à multiples reprises, avoir peur de ce qu’elle est vraiment, avoir des bribes de souvenirs liés à la mort et à la vie. On lui dit qu’elle est une élue, qu’elle doit apprendre à vivre avec cette responsabilité, tout en gérant aussi son frère qui n’a aucun pouvoir et qui ne sert à rien dans la saison 1, si ce n’est apprendre à tirer à l’arc et causer encore plus de problème à Ade. Et à la fin de la saison, on apprend qu’en fait VALENTE est une fille, que c’est elle l’élue et tout ce qu’elle a à faire pour le prouver c’est sauver les sorcières du bûcher et d’un coup, tout le monde vénère cet enfant. Pardon ?

Alors, c’est un twist surprenant, bien préparé et presque pas caché puisque l’actrice jouant Valente est listée dans le cast, mais c’est juste incohérent avec la série… Et ça rend la quête d’Ade inutile. Au final, elle commence et finit la série seule, sans famille, entourée de gens qui ont passé leurs vies à lui mentir à propos de tout et maintenant en plus, elle a des voix qui refuse de se taire dans sa tête. Et elle a dû perdre le seul homme qu’elle aimait pour sauver son frère/soeur qui n’en a strictement rien à faire. A quel moment cette fin est-elle un tant soit peu cohérente et satisfaisante ? Ce n’est pas le twist qui me dérange, mais la façon dont il est amené. Que Valente soit un garçon ou une fille, pourquoi n’a-t-il/elle pas montré aucun signe de magie de sa vie si c’était l’élu, un être extrêmement puissant (sachant que sa mère a changé son genre mais n’a pas masqué sa magie pour autant) ? Pourquoi les sorcières n’ont-elles jamais réussi à voir à travers la magie entourant Valente ? L’idée était bonne mais manquait de préparation et elle n’est pas assez développée pour sembler logique.

En résumé, la série traite assez mal les hommes et le seul qu’elle maîtrise est en réalité une femme. Un message féministe un peu trop martelé pour rendre la série fluide et agréable à regarder tout du long. Cependant, le personnage d’Ade est extrêmement intéressant et je suis prête à continuer cette série juste pour elle, afin de savoir si depuis le début, nous ne suivions pas en réalité non pas le héro, mais le villain de cette série.

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