Le cas « 365 jours »

Aujourd’hui, en me connectant sur Instagram, j’ai eu la charmante surprise de découvrir que la maison d’édition Hugo New Romance allait publier un nouveau roman : 356 jours. Un roman qui vous dira peut-être quelque chose, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que du roman ayant inspiré le film du même nom, paru sur Netflix le 7 Février 2020. Un film qui a plutôt bien marché sur Netflix puisque 79% des spectateurs ont déclaré avoir apprécié le film. Un film également très décrié pour ses scènes de sexe omniprésentes, le fait que la jeune femme soit une captive et le non-consentement de la jeune femme aux divers attouchements plus que limites du « héros ». Surfant sur le succès des 50 nuances de Grey et du premier film « After », le film (et le roman) met en scène les aventures de Laura, assistante commerciale en Pologne, qui effectue un voyage en Sicile avec son petit ami et des amis pour fêter son anniversaire. Mais elle est kidnappée par Massimo, un mafieux italien, qui lui donne 365 jours pour tomber amoureuse de lui. Celle-ci refuse de lui obéir. Mais alors que Massimo lui promet de ne pas lui faire l’amour sans sa permission, aucune expression de consentement n’est introduite avant la toute fin du film. Une relation sadomasochiste s’installe alors entre eux. Ce n’est que quelques temps après le délai imposé que Laura finit par tomber sous le charme de son agresseur (ceci est le résumé officiel).

Tout de suite après l’annonce de cette publication, les réactions ont été…divisées. Grand nombre de jeunes femmes ont été ravies de la nouvelle, tandis qu’une plus mince partie a été outrées qu’un tel roman puisse voir le jour au vu de ses propos, de sa manière de dépeindre les relations hommes/femmes et l’image-même de la femme. Une pétition a été lancée pour empêcher la publication du roman, considérant qu’un roman montrant « l’érotisation du prédateur sexuel, la banalisation des violences faites aux femmes et la glorification du pervers narcissique, ainsi que le syndrome de Stockholm et l’absence de consentement » n’avait pas « sa place dans notre société actuelle. Pas lorsqu’on se bat encore pour porter pleine contre des viols et abus sexuels alors que dans l’ouvrage, c’est glorifié. Voir justifier, car « elle l’a cherché »« . D’autres encore, estiment que la maison d’édition est libre de faire ce qu’elle veut, mais que le roman devrait porter un avertissement, une sorte de « PEGI-18 » pour que les plus jeunes lecteur.ices sachent que ce n’est pas un roman pour elles. Et enfin, certains estiment que le roman n’a pas sa place en librairie parce que justement, les plus jeunes ne devraient pas rêver de ce genre de relation malsaine. Dans tous les cas, les opinions convergent : ce roman ne dépeint pas une « dark romance » comme l’annonce Hugo New Romance.

Quelle est la meilleure solution, dans ce cas ?


Blâmer les lecteurs ou lectrices de ce genre de romans ? Non. Les maisons d’éditions vendent ce type de lecture comme des bonbons, forcément les lecteur/ices se ruent dessus… Ici, Hugo New Romance suit la « mode » lancée par J.C. Lattès (les éditeurs de 50 nuances de GRey) et leur précédent roman (After). Des romans qui, ne l’oubliont pas, nous viennent de Wattpad, un média où la majorité des lecteurs ont entre 12 et 16 ans et qui sont à l’origine du succès de ces deux oeuvres. Il est alors facile de les accuser d’avoir mis ce genre de lecture en avant, que c’est « de leur faute » si maintenant, toutes les romances sont vendues avec des scènes de fesses en bonus, que les histoires sont écartées s’il n’y a pas de scène de fesses. C’est facile et c’est surtout très faux. Parce que selon vous, cette envie de promouvoir tout ce qui contient des fesses, ça veint d’où ?

Parce qu’il ne faut pas croire que c’est propre aux romans… Les clips qui mettent en avant des fesses (je dis beaucoup le mot « fesse » non ?) et des seins ? Les publicités qui mettent en avant des jolis corps, des petites tenues, avec des sous-entendus en permanence ? Les magazines qui font des photos « parfaites » de filles retouchées ? Les émissions de télé (oui, je compte la télé-réalité qui est très populaire, ne vous en déplaise) qui montre en permanence des corps peu vêtus ? INTERNET DANS TOUTE SA SPLENDEUR ? Une mentalité qui commence progressivement à changer, certes, mais on est encore loin du compte ! Alors on ne peut pas reprocher aux lecteurs de vouloir lire des choses qui sont en accord avec ce qui les entoure.

Blâmer les Maisons d’Editions ? Encore une fois (attention, l’avocat du Diable entre en jeu), oui et non. Les maisons d’éditions sont responsables vis-à-vis du public qui va lire leurs romans. C’est à elles de choisir la cible de ces romans. Est-ce qu’ils pourraient mettre un avertissement, faire en sorte que ce type de roman ne soit disponible qu’aux dix-huit ans et plus ? Absolument. Déontologiquement, c’est parfaitement faisable et totalement logique. Ainsi, ceux qui lisent ces romans savent d’avance que les « héros » ont une morale douteuse et qu’en aucun cas cela reflète la réalité ou ce qu’il faut chercher dans une relation amoureuse. Mais vous oubliez une chose : le capitalisme. Et financièrement, rendre un roman accessible seulement à UNE PARTIE du lectorat, quand le film a déjà cartonné sur Netflix auprès de tous les âges, ça serait perdre de l’argent et Dieu seul sait à quel point aucune entreprise digne de ce nom n’accepterait de perdre de l’argent.

Qui plus est, la littérature a toujours été vue comme élitiste. Un truc décrié, montré du doigt comme étant réservé à une sorte d’élite qui se pense trop bien pour les « amusements du peuple ». Et comment on rend un truc moins élitiste ? En donnant aux gens ce qu’ils veulent, des choses plus proches de leurs centres d’intérêts, oui, mais aussi plus proches de ce qui marchent dans la société. Et c’est comme ça qu’on a des couvertures de romance avec des hommes à moitié dénudés, des filles en bikini ou des romans dans la veine de 50 nuances de Grey, After et 365 jours.

Faut-il pour autant cautionner toutes les informations dans ce genre de roman ? Non.
Faut-il agir pour que ce type de publication disparaisse du marché ou soit signalée en tant que dangereuse ? Oui.
Faut-il pointer du doigt les lecteurs de ce type de livre en les rabaissant plus bas que terre ? Nope.

La « meilleure » solution, c’est tout bonnement d’expliquer votre point de vue sur la question, sans haine ni violence. Juste dire pourquoi vous ne cautionnez pas, pourquoi vous considérez ce roman dangereux et encourager vos lecteurs à se renseigner et faire leurs propres choix.
Ou, mieux encore : ignorez la nouvelle, n’en parlez pas, n’achetez pas le roman, ne le lisez pas et laissez la hype autour du roman mourir d’elle-même quand l’effet de mode aura cessé.

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4 commentaire

  1. Article très bien construit qui met en avant tous les tenants et les aboutissants du débat ! Gardons à l’esprit qu’il ne faut pas pointer du doigt les lecteurices, que chacun lit ce qu’il veut. Par contre il est d’autant plus important de décrier le système qui priorise le gain d’argent plutôt que l’idée de faire passer le bon message. Dans ce cas bien précis, signer une pétition visant à demander à la ME de mettre un TW et un « PEGI-18 » me semble un très bon début. Il tient ensuite de notre responsabilité individuelle d’éduquer toute personne le souhaitant sur ce que ce livre a de problématique.

  2. Article extrêmement interessant et très bien construit ! Chacun lit ce qu’il veut effectivement mais il est important je pense de tenter de prévenir pour éviter qu’il ne tombe entre de trop jeunes mains ne serait ce que par un pegi -18 comme proposé par la pétition.

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